Une démarche controversée mais nécessaire

L’alerte concerne un danger ou une atteinte pour l’intérêt général et devient alors du ressort de la citoyenneté. La citoyenneté s’articule entre la liberté d’action de l’individu et son devoir d’alerte et de protection envers autrui. “On alerte parce qu’on se sent obligé, pas par envie” selon Daniel Ibanez, économiste et fondateur des Rencontres annuelles des lanceurs d’alerte, qui  explique que l’émergence d’un lanceur d’alerte se construit et existe lorsqu’il fait face à une mauvaise foi. Cette démarche survient en réaction à une inaction et est de bonne volonté. Le rôle d’un lanceur d’alerte n’est pas aisé, la loi du discrédit est notamment assez forte, toutefois Daniel Ibanez invite chaque personne à alerter lorsqu’il est dans une situation à risque pour l’intérêt général.

“Nous avons l’obligation de protéger l’alerte et ceux qui la donne”

L’alerte peut très souvent être mal perçue par les principaux concernés, et son protagoniste peut faire face à différentes représailles. Toutefois, Daniel Ibanez, rappelle que “l’alerte n’est pas une agression mais une mesure de précaution, même si elle est souvent assimilée à une trahison, et une déloyauté“. La voie à suivre est de s’inscrire dans un projet de société pour l’entreprise, et de mener un travail de sensibilisation des dirigeants de manière collective. Pour protéger les lanceurs d’alerte il faut donc “travailler sur les personnes qui ont les pouvoirs de décision, pour faire apprendre que les alertes sont progressives pour la société” poursuit Daniel Ibanez. Les pouvoirs publics ont une vraie responsabilité dans leur protection, et il est nécessaire qu’il y est une véritable autorité indépendante, en dehors du cadre de l’entreprise, avec de véritables moyens d’investigation rapide (donc des moyens publics), de manière à avoir une instruction indépendante, pour remédier efficacement à la situation d’alerte.

Mutualiser les expériences

La Rencontre annuelle des lanceurs d’alerte a pour idée de donner la parole à tous ceux concernés par l’alerte, à savoir les alerteurs eux-mêmes, journalistes et décisionnaires, pour mutualiser les expériences et faire avancer leur protection. Donner audience à un large panel de lanceurs d’alerte permettra que ceux-ci puissent présenter leurs expériences et possiblement en aiguiller de futurs. Daniel Ibanez conseille également de ne pas rester seul, et de partager ses recherches : “il faut collecter, et conserver les éléments qui conduisent à considérer que ces documents sont d’une gravité telle qu’ils méritent d’être connus du grand public“.
Daniel Ibanez, économiste et fondateur des Rencontres annuelles des lanceurs d’alertes